ROBERT MCLIAM WILSON à Libri Mondi

« Ripley Bogle est probablement l’un des meilleurs romans irlandais de la dernière décennie. Il frappe direct à la jugulaire. » 
Times

Robert McLiam Wilson est insaisissable. A la sortie de brillantes études à Cambridge, à la fin des années 80, il publie son premier roman, Ripley Bogle. L’accueil de la presse, le succès public et une spectaculaire moisson de prix littéraires en font l’un des auteurs les plus prometteurs du Royaume-Uni. Suivront très rapidement l’inconfortable La Douleur de Manfred, et Les dépossédés, un essai sur les laissés-pour-compte de l’Angleterre Thatcherienne.

En 1996, McLiam Wilson publie Eureka Street, considéré comme l’un des plus beaux livres jamais écrits sur le Belfast en guerre où McLiam Wilson a grandi. Une déflagration qui changera à jamais le regard de milliers de gens sur le conflit nord-irlandais.

Eureka Street l’impose définitivement comme un Dickens punk, d’une déchirante lucidité.

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Robert McLiam Wilson

Au début des années, 2000, la rumeur court que McLiam Wilson travaille sur un nouveau roman, appelé The Extremists. Au gré de quelques rares apparitions, l’irlandais en lit quelques extraits, dont sont restées en mémoire quelques alléchantes fulgurances. La première phrase, « A l’âge de 21 ans, j’avais déjà assassiné onze personnes », ou encore la ravageuse « Je souffre de la mélancolique euphorie d’une excellence sans témoin », qui a les troublants accents d’un vers de The Smiths

Et puis plus rien.

The Extremists ne sera jamais publié, et McLiam Wilson met sa plume au service de The Big Issue, le célèbre journal des sans-abris londoniens, ou de Charlie Hebdo en France. Il y signe des tribunes remarquables, témoignant toujours de sa fibre profondément humaniste et sociale. Il collabore également aux Inrockuptibles et au quotidien Libération, dans les colonnes duquel il a signé un bouleversant et électrisant texte à la suite du massacre de Charlie Hebdo, Ma rage est ingouvernable.

 

Aujourd’hui, les romans de McLiam Wilson font l’objet d’un culte. Encore alimenté par la rareté de ses apparitions. Il a accepté de sortir de sa retraite, que l’on dit consacrée à l’écriture d’un nouveau roman, 22 ans après son dernier livre, pour venir nous rendre visite en Corse.

Sébastien Bonifay

                                       

                                  EXTRAIT D’EUREKA STREET

« L’histoire de Robert cessa d’intéresser quiconque. Il perdit son emploi. Il perdit ses amis. Il se mit à boire pour se rappeler, pas pour oublier. Et il se mit à pleuvoir dans son cœur pour le restant de ses jours. (…)

couv' WilsonDans le silence déchirant, assourdissant, qui suivit l’explosion, s’immisça une chose grotesque ressemblant à la paix. Les morts étaient morts, beaucoup de mourants étaient inconscients ou incapables de parler, la plupart des blessés ou des victimes terrifiées étaient en état de choc ou simplement très très surpris. 

Cette liste est absurde. Cette liste s’oublie facilement.

Identifiés, anonymes. Présents à la mémoire, oubliés. Ils ont tous fait le grand saut, spécialité des morts. Qu’ils aient décédé aussitôt, presque aussitôt ou plus tard, tous on fait le grand saut. Quitter le monde des vivants pour se transformer en cadavre : la transition la plus rapide du monde.

Egrener leur liste est absurde et impossible. Tous avaient leur histoire. Mais ce n’étaient pas des histoires courtes, des nouvelles. Ce n’aurait pas dû être des nouvelles. C’aurait dû être des romans, de profonds, de délicieux romans longs de huit cents pages ou plus. Et pas seulement la vie des victimes, mais toutes ces existences qu’elles côtoyaient, les réseaux d’amitié, d’intimité et de relation qui les liaient à ceux qu’ils aimaient et qui les aimaient, à ceux qu’ils connaissaient et qui les connaissaient. Quelle complexité… Quelle richesse.

Qu’était-il arrivé ? Un événement très simple. Le cours de l’histoire et celui de la politique s’étaient télescopés. Un ou plusieurs individus avaient décidé qu’il fallait réagir. Quelques histoires individuelles avaient été raccourcies. Quelques histoires individuelles avaient pris fin. On avait décidé de trancher dans le vif.

C’avait été facile. »

 

Bibliographie
Ripley Bogle, Christian Bourgois, 1996
Eureka Street, Christian Bourgois, 1997
La Douleur de Manfred, Christian Bourgois, 2003
Les Dépossédés, Christian Bourgois, 2005

 

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